« Care » et « Dare »
Que la force soit avec toi…
Chers tous,
Avez vous déjà sauté à l’élastique ?
Le grand saut, la tête la première, l’adrénaline qui vous envahit, la peur qui se transforme en excitation, le moment fatidique de sauter, où on re-vérifie une troisième fois ses attaches, on ferme les yeux en priant et … jummmmmmmmp !
Le mien, de saut à l’élastique, c’était lors de ma dernière étape de tour du monde en sac à dos, en Afrique du Sud. J’ai sauté d’un des plus hauts ponts du monde, près de Captown, à la pointe du continent, face à la mer (la preuve en image plus bas pour les sceptiques ). C’était le 11 décembre 2012, la veille de mes 33 ans (date symbolique de renaissance ?).
Après ce saut, tout était possible. D’ailleurs le lendemain, pour mon anniversaire, j’ai sauté à nouveau..cette fois en parachute ! Ce n’est pas une blague. Double dose d’adrénaline !!
Depuis ce jour, le passage à l’action ne me fait plus peur, je dois même avouer que j’aime l’excitation du grand saut dans l’inconnu. Mais, ce que j’ai compris, c’est que pour sauter, il faut être bien attaché, en confiance, il faut se sentir en SÉCURITÉ.
L’un ne va pas sans l’autre.
Aujourd’hui, je vous parle d’audace, de courage…d’action !
Je vous parle de la culture du « dare » : oser.
Pourquoi ?
Car je trouve – déjà – que le courage est une qualité extraordinaire, qui se perd, j’ose le dire.
Oser être soi, exprimer ses idées et ses convictions sans peur du jugement ou du désaccord, oser se lancer dans un projet, prendre des risques pour une juste cause, suivre son instinct et ses valeurs, oser « faire autrement » si la norme ne nous convient plus, agir avec authenticité et responsabilité.
Mais aussi parce que l’on oppose souvent cette énergie masculine du courage et de l’action, à celle du « care », énergie féminine, douce et tournée vers l’autre.
Alors, je pose aujourd’hui la question : ces deux postures sont-elles antinomiques, d’une part, et influencées par notre genre, d’autre part ?
Êtes-vous team « dare » ou « team » care ?
Mais finalement … avez-vous besoin de faire un choix ?
Si ma dernière newsletter visait à vous raconter, que, non, le care « n’est pas une histoire de gonzesses ! », j’aimerais aujourd’hui vous dire que non, le « dare » n’est pas une histoire de mecs et de cojones (au sens propre) ! Et, je vous le demande : pourquoi ne serions nous pas capable d’incarner les deux ?
Le « dare » ne s’oppose pas au « care », je pense plutôt qu’il se complète, comme les deux faces d’une même pièce, le yin et le yang. Ils ont besoin l’un de l’autre.
Démonstration.
1. « DARE TO CARE »
Osez prendre soin : de vous, des autres, du vivant.
Oui, le « care » demande surement du courage, dans une société qui ne valorise que trop peu cette éthique du soin.
Sortir du dogme de la vitesse, de la compétition, du patriarcat, de la course à la croissance, de l’individualisme … quand tout nous y enferme et le promeut, cela demande du courage.
Oui, s’arrêter, faire un break, prendre soin de soi, pour certains, c’est déjà « oser ».
Oser dire non au trop de boulot qui nous épuise ou à notre directeur qui en demande encore plus, oser mettre des limites pour protéger notre santé et notre vie personnelle, oser le yoga, la méditation, la sophrologie, oser exprimer nos émotions, oser nous déconnecter de notre portable plus de 48h, oser écouter nos besoins, pour prendre soin de notre santé mentale …et apprendre à dire « STOP, cela ne me convient plus ».
Oui, il faut du courage pour sortir d’un système d’épuisement que la société nous impose.
Quand j’ai créé le Deceleration Camp il y 5 ans, je pensais, naïvement, que les gens stressés et fatigués comprendraient tout de suite l’urgence et le besoin de ces moments off dans la nature pour se reposer et reprendre leur souffle. Non, pas évident. J’ai découvert des résistances très fortes !
Même au bord du burnout (pour rappel, il y a en a plusieurs millions chaque année en France), beaucoup ont du mal à sortir de l’engrenage. Notre mental est bien trop fort pour écouter les signaux du corps. On pousse nos limites physiques, par recherche de performance, par image, par mimétisme, par sentiment d’obligation, par manque de soutien. Peu importe les raisons qui nous enferment dans l’épuisement, on est souvent bloqué dans notre roue de hamster à courir , et on ne sait pas comment en sortir.
Ce n’est donc pas si simple de faire ce pas de côté.
Quand la personne vient au Deceleration Camp 4 jours, elle a déjà fait un grand pas : celui de prendre des jours de congés, de dire non à d’autres obligations, de ralentir, pour mieux se concentrer sur elle et sa santé. Et la récompense d’avoir osé est tellement immense et précieuse. La fierté, le bien-être, la sérénité, la clarté, la motivation.
Oui, prendre soin des autres, notamment au travail, quand tout nous pousse à privilégier le résultat, la vitesse et la compétition, demande du courage. Le courage de l’authenticité, de l’écoute bienveillante, de l’expression sincère de ses propres émotions, de prendre du temps pour soigner nos relations. Il en faut du courage, nageant souvent à contre-courant, dans des environnements pressurisant et paradoxaux, de travailler sur soi, d’agir au quotidien avec éthique, soucis de l’autre et empathie. Il en faut du courage pour questionner le sens et pour incarner nos valeurs.
Un courage pourtant nécessaire, si l’on veut assurer la pérennité de notre organisation ou de notre projet.
Oui, prendre soin du vivant et de la planète demande du courage.
Une majeure partie des grands patrons d’entreprise, ainsi que ceux qui nous gouvernent nous en font la preuve -inversée- depuis 30 ans : leurs inactions sur les problématiques environnementales au profit d’intérêts financiers, d’électorat ou de pouvoir ne font qu’aggraver une crise de civilisation.
Cela demande du courage de sortir du confort du modèle actuel, alors même qu’il vacille, de renoncer à certains privilèges individuels, de penser aussi le long terme, d’apprendre le collectif et le débat, de repenser l’éthique et le sens. C’est pourtant la seule solution pour protéger notre humanité et les générations futures.
Dans le monde du travail, les courageux repensent leur organisation, leur gouvernance, leur responsabilité sociale et sociétale, favorisent l’épanouissement des collaborateurs, malgré la pression du marché, la concurrence, l’inflation, les difficultés.
Des directeurs et managers humanistes ouvrent d’autres horizons ; des pionniers souvent seuls ou peu compris, ils guident leurs équipes avec cœur et audace vers un monde du travail épanouissant, responsable et collectif.
On a besoin des courageux.
2. « CARE TO DARE »
Et si c’était justement le fait de prendre soin de soi et des autres qui nous donnait du courage ?
Si cultiver une culture du « dare » dans l’entreprise commençait par favoriser la culture du « care » ? Comme un point de départ, un préalable à l’action juste, à l’énergie créative, à l’enthousiasme agissant, à l’audace ?
Car oui, il en faut de l’énergie pour oser pousser les murs et défendre ses valeurs !
De l’énergie, nous n’en aurons que si nous la préservons et si nous prenons soin de nous.
Un collaborateur épuisé ou démotivé, n’ose pas, n’ose plus, il continue à subir ou il démissionne, du moins dans sa tête. Il n’a plus la « niaque », plus le « mojo », plus le courage de défendre son bien-être et ceux des autres, il est fatigué.
Un collaborateur a besoin de confiance, d’espace de sécurité, d’écoute, du droit à l’erreur, pour oser.
Cette vision du « care to dare », c’est celle de la géniale Susan Goldsworthy, professeure de leadership et de changement organisationnel à l’IMD de Lausanne, co-auteur de trois livres primés, que j’ai eu la chance de côtoyer sur de grands programmes de leadership internationaux. Son livre, “Care to Dare: Unleashing Astonishing Potential Through Secure Base Leadership “, écrit avec le non moins génial George Kohlrieser, explique comment le fait de devenir un leader centré et cultivant ses «bases de sécurité », libère un potentiel extraordinaire chez les autres.
«Nous avons tous des bases de sécurité que nous pouvons cultiver. Marcher pieds nus dans la forêt, jouer avec ses enfants ou partager un repas avec des amis sont des manières de se renforcer positivement.»
À partir d’entretiens approfondis avec des dirigeants du monde entier, ainsi que d’enquêtes auprès de plus d’un millier de dirigeants, le livre révèle les caractéristiques que les « Secure Base Leaders » affichent au quotidien. La recherche montre qu’une différence fondamentale entre un leader qui réussit et un leader qui échoue est la présence ou l’absence de bases sûres dans sa vie.
Des « base sûres », c’est une bonne santé, physique et mentale, mais aussi sociale, des liens forts, une bonne gestion de son stress et de son énergie au quotidien, un état d’esprit positif : une sécurité intérieure qui donne la confiance en soi, pour oser, agir avec authenticité et qualité de cœur.
Les auteurs nous démontrent dans ce livre comment libérer un potentiel étonnant en instaurant la confiance dans les équipes, en apportant le changement et en inspirant le «care », l’attention à l’autre qui sous-tend la performance durable.
L’objectif est donc de découvrir nos propres bases sécurisées, pour devenir une base sécurisée pour les autres et les aider eux même à oser et se dépasser.
L’empathie et l’attention deviennent des forces, celles de l’émotion, de la connexion à l’autre, de la confiance, qui permettent à tous de retrouver de la stabilité dans le chaos, de la force et de l’envie d’agir. La vulnérabilité est synonyme de courage ( je vous partage ci-dessous le magnifique Ted Talk de Brené Brown sur le sujet).
Notre puissance réside dans notre capacité à prendre soin de la relation et faire grandir les autres, plutôt que de les écraser.
De faire grandir ensemble notre humanité, construire des bataillons de Jedi, plutôt que de sombrer dans la force obscure.
Le sujet n’est donc plus seulement d’oser le care (dare to care), mais c’est aussi de cultiver une culture du care, pour permettre aux autres de rayonner et oser, eux aussi ! (care to dare)
Alors, que nous soyons hommes ou femmes (franchement, il faut arrêter avec ces conneries), retrouverons nos bases solides, pour sortir des peurs et d’un mode cérébral reptilien de «survie », afin de trouver l’énergie, la force, l’envie d’oser être nous-même et de nous battre pour des causes justes.
Osons parler, faire ensemble, pousser les murs, défendre des valeurs d’empathie, de courage, d’authenticité, pour protéger nos démocraties et notre humanité. Le courage n’est pas dans la force virile de nos biceps (ou d’autres parties intimes du corps masculin que je ne citerais pas ici ), mais bien dans la puissance de notre cœur et l’écoute de nos tripes.
« A COEUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE ! »
Let’s Care AND Dare.
Ok, mais concrètement, on « dare » comment en mode Jedi ?
Je vous partage quelques conseils pour baliser votre route et mieux oser :
Prendre soin de vous est la base de la pyramide, la priorité, les fondations d’un projet de vie épanouissant. Avant de choisir la peinture de mes murs, je dois m’assurer que la structure de la maison et saine et solide. Alors dormez, mangez équilibré, ménagez-vous, et surtout apprenez à réguler votre stress, pour vous « sécuriser » et sortir du mode «survie » qui vous amenuise.
Le prochain Deceleration Camp, c’est du 3 au 6 octobre, il reste des places ! A bon entendeur…
Entourez-vous de gens positifs, audacieux, ouverts. Nous agissons, souvent inconsciemment, par mimétisme. Votre environnement à une grande influence sur votre énergie et votre motivation.
Développez votre curiosité, inspirez-vous, écoutez ou lisez des témoignages de gens qui osent et rayonnent. « Pourquoi pas moi ? »
Quand vous hésitez à agir, plutôt que de focaliser sur ce que vous pourriez perdre, regardez tout ce que vous pourriez gagner. Il est souvent plus risqué de rester au statu quo, que de prendre le risque de se lancer.
Écoutez votre deuxième cerveau, votre ventre, vos « tripes », qui vous envoie des messages et vous pousse à suivre vos instincts !
Cultiver une culture du « dare » dans votre organisation ! Parlez de droit à l’erreur, favorisez l’agilité, la diversité des profils dans vos équipes, l’hybridation, l’art du questionnement, les méthodes de créativité et d’intelligence collective.
Sautez à l’élastique
Je vous partage ci-dessous des ressources qui parle de courage, qui vous donneront surement envie d’oser, pour vous, votre organisation, la société.
Je vous souhaite le courage, l’authenticité, la fierté ; et vous laisse avec les mots de Théodore Rooselvelt, si chers à René Brown.
« Ce n’est pas celui qui critique qui compte ou bien la personne qui pointe l’homme d’action qui a trébuché ou qui explique comment on aurait pu faire différemment. Le mérite revient à la personne qui est dans l’arène, dont le visage est couvert de poussière, de sueur et de sang, qui combat vaillamment, qui porte un message, qui montre ses limites encore et encore, et qui à la fin, qu’elle réussisse triomphalement, ou qu’elle échoue, a au moins osé agir avec courage. »
Prenez soin de vous les Jedi…osez, osons,
A très bientôt
Alice
INSPIRATIONS
Vous avez 1 minute : résumé video de la théorie du « Care to Dare » de George Kohlrieser
Pour approfondir, le livre de George Kohlrieser, Susan Goldsworthy and Duncan Coombe : extrêmement intéressant- en langue anglaise uniquement.
Sur le courage de la vulnérabilité : un des nombreux livres de la célèbre Brené Brown
Sans aucun doute, nous sortir de notre zone de confort et oser nous lancer entraîne un risque beaucoup plus grand d’être critiqués ou de nous sentir blessés. Mais Brené Brown explique que, lorsque nous nous coupons de la vulnérabilité, nous nous distancions des expériences qui confèrent un but et un sens à notre vie, et que rien n’est aussi incommodant et souffrant que de rester à l’écart, de regarder en soi et de se demander à quoi ça ressemblerait si nous avions le courage d’entrer dans l’arène.
20 minutes pour changer de regard sur la vulnérabilité
Pourquoi la vulnérabilité est absolument essentielle
De l’urgence du « dare » dans les organisations
À organisation vaillante, rien d’impossible ? À la recherche du courage perdu… ou comment le courage – trop longtemps resté l’apanage des « héros » de fiction – est devenu une denrée rare au sein des organisations. Vertu des temps difficiles, elle est pourtant indispensable pour surmonter les chocs à venir, et en particulier pour les organisations qui décideront de mettre leur puissance financière, leurs savoir-faire et leur capacité d’exécution au service d’un futur souhaitable.
Sur nos démocraties en risque et l’enjeu du courage – jamais autant d’actualité !
Dans cet essai qui a beaucoup été repris dans la presse, Cynthia Fleury rappelle qu’il n’y a pas de courage politique sans courage moral et montre comment la philosophie permet de fonder une théorie du courage qui articule l’individuel et le collectif. Un texte aussi passionnant à lire pour soi que pour réfléchir aux graves défis auxquels sont confrontées nos démocraties.
« Le courage n’est pas l’absence de peur. C’est plutôt et justement la volonté d’y faire face. » OSHO
Être confronté à l’incertitude et aux changements est en réalité une opportunité de célébration. Plutôt que d’essayer de s’accrocher au familier, au connu, nous pouvons apprendre à apprécier ces situations comme des occasions d’aventures et d’approfondissements de la compréhension que nous avons de nous-mêmes, des autres et du monde qui nous entoure.
Bonne lecture et inspiration sur le « dare ».
Et pour les sceptiques …