Le Care : Une utopie de bisounours ?
Chers tous,
Peut-être l’aviez-vous raté, ce post de janvier 2024, que j’écrivais avec une pointe de colère (saine ) et d’humour, sur le thème : le « care » en entreprise, levier de performance et de durabilité, ou vision naïve de bisounours ?
Vous aviez été très nombreux à y réagir ; car oui, cela commence à être fatigant d’être taxé de « bisounours » dès lors que l’on défend une vision plus humaniste de l’entreprise, et de la société de façon plus générale (vous l’entendez la colère ?)
L’objectif pour moi, suite à ce post : vous aider à mieux comprendre ce que sont l’éthique du « CARE » et ses diverses applications, notamment au travail, afin de faire sauter les idées reçues sur cette approche devenue indispensable dans notre monde malade.
Une envie également, donner aux dirigeant et équipes RH des éléments concrets pour mettre en place cette nouvelle culture managériale et organisationnelle, et les aider à mieux accompagner le changement au sein de leur organisation.
Le projet de la newsletter « CULTURE CARE » était né.
Alors, reprenons la question du jour : le « care » en entreprise, levier de performance et de durabilité, ou approche naïve de bisounours ?
Derrière cette question, deux sujets philosophiques et politiques en filigrane:
– celui de l’utopie et des nouveaux imaginaires comme grands leviers de changement sociétal,
– et par extension, celui du duel entre les «optimistes d’action » versus les « cyniques de l’inaction » (voire de la régression). Choisissez votre camp.
Mais revenons à nos bisounours…
Si le « bisounours » en anglais ce dit bien « care bear », et que ces petits êtres aux couleurs de l’arc en ciel sont doux, aimant, qu’ils prennent soin des autres, et que oui, on leur envie tous à Grosbisou, Groschéri, Groscopain, Grosdodo, leur joie, leur grand coeur et leur insouciance enfantine (qui leur évitera, eux, le burn out de fin d’année!)…pas sure que les défenseurs d’une éthique du care, dont je fais partie, soient des bisounours. Ou bien, peut-être, des bisounours un peu en colère (« c’est quoi ce merdier sur terre !? »), descendant de leurs nuages, pour infuser un peu d’altruisme et d’optimisme dans un monde de brutes ? Bon, pas certaine non plus, mais j’aime bien l’image de bisounours un peu énervés ( » Mais aimez-vous bordel de merde ! ») .
Le « care » trop naïf ? Manquons-nous de lucidité à vouloir promouvoir une société où l’on prend soin les uns des autres ? Manquons-nous de lucidité à croire en autre chose que le modèle actuel ?
L’optimiste « agissant » est souvent très lucide. C’est d’ailleurs surement le point de départ de son action. L’optimisme n’est pas synonyme de naïveté, il est le plus souvent un choix, celui d’agir pour défendre ce qui lui parait juste. Si nous croyons que tout est foutu, il n’y a pas d’actions possibles et nous subissons (et accessoirement on ne doit pas être super heureux !).
Pouvons nous, d’ailleurs, vraiment vivre sans espoir d’un mieux ?
Croire que d’autres chemins sont possibles et qu’il y a des solutions, permet l’espérance, l’action et l’élan de vie. Avec toutes les difficultés, les doutes et les embuches qui seront sur le chemin, bien sûr.
Pas de licornes et de bisounours, mais du courage surement, et la furieuse envie de nourrir et de croire au récit d’une humanité qui retrouve du sens.
Le « care » utopique ?
Et si nous avions besoin de nouvelles utopies comme sources d’innovation dans l’organisation ? Une nouvelle vision du travail, plus humaine, plus respectueuse du vivant, plus joyeuse, plus vertueuse.
» Le contraire de l’utopie n’est pas le réalisme, c’est le conservatisme. Être utopiste, c’est justement être clairvoyant : lucide sur ce qui est insoutenable et visionnaire sur ce qui doit être inventé. Être utopiste c’est prendre son avenir en main. C’est décider d’exercer son pouvoir personnel. » Sandrine Roudaut.
Non, le « CARE » dans l’entreprise n’est donc pas une idée naïve de « Bisounours ». C’est un nouvel élan et une surtout une démarche qui devient vitale pour la santé des individus et des organisations. C’est une vision du travail, lucide mais positive, qui remet du sens. Parce que le monde de travail, lui aussi, est malade.
Il est donc temps de dézinguer les idées reçues sur le sujet ! (et d’arrêter de nous parler de bisounours).
La culture du « care » et le management par le « care», j’y crois et j’y travaille depuis longtemps avec les organisations que j’accompagne.
On me demande souvent ce que c’est concrètement, avec derrière cette question, de nombreuses idées reçues :
« L’entreprise est-elle vraiment là pour prendre soin des gens ? » (Entendez, «son rôle est plutôt de maximiser sa rentabilité, non ? »)
-> Heu, ça se discute ! Pas que en fait. Cela s’appelle la responsabilité sociétale de l’organisation. Sans oublier que des salariés en burnout, cela n’est pas bon pour le résultat de votre entreprise M./Mme le directeur.
« Le « care » ce n’est pas un peu bisounours ? (encore eux). On doit tous se faire des câlins ? » (véridique, on m’a posé la question comme cela !)
–> Non ! le « care » c’est : être à l’écoute, cultiver la confiance et faire ensemble : les softs skills essentiels pour faire grandir l’humain et l’entreprise.
« Le management par le « care » n’est-il pas trop naïf, mou, inadapté en temps de difficultés ou de changement ? »
-> C’est tout le contraire mon bon monsieur, il est surement le seul type de management qui assurera la pérennité de l’entreprise.
Finalement, les naïfs, sont ceux qui pensent que l’on peut faire sans.
Si vous épuisez vos collaborateurs sous prétexte de performer, ils partiront, malades, en burnout ou démotivés. Tout le monde quittera le navire. Pas un bon calcul. Parole d’une optimiste très lucide – rappelons les chiffres*.
En 2023 :
– 1 salarié sur 2 se sent épuisé professionnellement,
– plus des 2/3 des salariés sont /ont été concernés par un trouble de santé
– 44 % des femmes et 32 % des hommes se déclarent en mauvaise santé mentale (troubles du sommeil, fatigue chronique, troubles anxieux dépression, burn out)
– 63% des professionnels des RH en situation de burnout !
* Baromètre Malakoff Humanis 2023 «Santé des salariés et qualité de vie au travail»
La santé physique et mentale des salariés est en danger.
Le fonctionnement de l’entreprise est perturbé : absentéisme, turnover, dégradation de l’ambiance.
La démotivation des équipes grandit, les travailleurs perdent le sens.
-> Ce qui met en danger la performance, l’attractivité et la durabilité de l’entreprise.
Alors, on fait quoi ?
On prend soin de l’humain.
Cela commence par l’intégration de certaines valeurs dans l’organisation, mais aussi par un nouveau type de management, le « management par le care ».
C’est à dire ?
Selon un article du Harvard Business Review France de décembre 2023 (Cécile Dejoux, 6/12/2023) :
L’approche managériale du CARE se fonde sur 3 éléments :
– Le « Self CARE » : être autorisé et savoir prendre soin de soi au travail. « Un manager ne pourra pas prendre soin de son équipe et de chacun de ses collaborateurs si lui-même est en danger. » (Gherson, Linda Gratton)
– Le « Team CARE » : être formé et outillé pour prendre soin de chacun des membres de son équipe
– Le « Planète CARE » : intégrer dans sa pratique professionnelle, tout en étant en phase avec la stratégie RSE de l’entreprise, des petites actions de manière à avoir un impact positif sur la planète.
Fondée sur la notion d’interdépendance, les 6 valeurs piliers d’un management par la care sont : l’écoute, la confiance, la reconnaissance, la réciprocité, l’autonomie et le sens.
C’est en tous cas sur ces valeurs et soft skills associés que je travaille particulièrement avec les managers.
On est donc loin de l’image des bisous et câlins à toutes les réunions, mais davantage sur le développement d’un comportement éthique et humain qui met au cœur de l’enjeu managériale le sujet de la relation (vs la focale résultat, le contenu opérationnel ou le process).
Manager par le « care » c’est donc incarner au quotidien les 3 dimensions du mot « care » en anglais
– « care about » : je me sens concerné (par mes équipes, l’organisation, l’environnement)
– « take care of » : je prends en charge/j’agis, pour répondre au besoin que j’observe (je vais voir et parler à un collaborateur que je sens épuisé, démotivé ou en difficulté, par exemple).
– « give care » : je prends soin en écoutant, rassurant, motivant, remerciant, soutenant mes équipes.
En commençant par prendre soin de ma propre écologie personnelle.
La clé : des accompagnements et formations pour les managers sur des softs skills essentiels : gestion du stress, gestion des émotions, gestion de son énergie, écoute active, communication non violente, feedbacks, approches collaboratives etc.
Les formations métiers et techniques ne suffisent plus.
Est-ce que ça marche le care management ? Visiblement oui !
Une étude menée, entre 2020 et 2022, par le Learning Lab Human Change a montré que les entreprises qui ont déployé le management par le « CARE » ont gagné en engagement et en performance (Canon France, IKEA, Veolia, etc).
C’est ce que j’observe également depuis plusieurs années dans les entreprises que j’accompagne. Celles qui arrivent véritablement à intégrer le self care et le care management dans leurs pratiques, ont non seulement diminué le taux d’absentéisme et le niveau de stress des collaborateurs, mais ont réussi le plus souvent à remobiliser des équipes en quête de sens et de valorisation. Les formations et groupes de pairs ont recrée du lien, souvent perdu : un maillage qui se tisse doucement, pour décloisonner et refaire circuler l’énergie de tout l’écosystème.
Et si le chemin est long, il faut du temps, soyons honnêtes, le fait de s’interroger sur cette nouvelle culture possible, pose déjà les bases d’une réflexion collective sur la raison d’être de l’entreprise et les valeurs qu’elle veut incarner (en interne comme en externe). C’est un chemin.
Socle culturel pour déployer des modèles d‘entreprise régénérative, de leadership « incarné » ou « éclairé » qui promeut le développement de nos intelligences émotionnelle, corporelle et spirituelle dans les organisations (je vous fais découvrir ici le super documentaire de Valerie Seguin), le « care » est une solution systémique d’accompagnement du changement, prenant soin du vivant et de l’humain.
Durabilité, sens, engagement, impact, le « care » est non seulement aujourd’hui une stratégie gagnante pour la performance et l’attractivité de l’entreprise, mais il porte aussi un espoir de voir éclore un autre modèle de société, plus respectueux de la vie.
Et ça, ce n’est pas une utopie de bisounours, c’est un récit positif de notre humanité, qui donnent envie, d’y être et d’y contribuer.
Prêts à initier le mouvement dans votre organisation ?
Je vous donne des infos sur des formations en care management et des accompagnements possibles, des sources d’inspiration sur les sujets ( utopies, nouveaux modèles de management et d’organisation, softs skills et nouvelles intelligences etc.).
Prenez soin de vous,
Alice VIVIAN, fondatrice Mojom
LES RESSOURCES POUR DEVELOPPER UNE CULTURE DU « CARE » DANS L’ENTREPRISE
FORMER VOS MANAGERS !
Formation » MANAGER PAR LE « CARE » : une formation mojom de 14h, pour aider vos managers à developper des softs skills clés:
-> Self care : mieux gérer ses priorités, réguler son stress, adopter les bonnes pratiques de gestion de son énergie, pour réserver sa santé et son potentiel.
-> Team Care : savoir déceler et prévenir l’épuisement dans ses équipes. Communiquer et collaborer plus efficacement. Développer sa qualité de présence, d’écoute et de leadership pour motiver ses équipes et porter une nouvelle culture dans l’entreprise.
SOUTENEZ VOS RH ! ATELIER « CULTURE CARE » spécial RH
Les RH ont un rôle crucial dans le développement d’une éthique du care en entreprise.
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- Tout d’abord car se sont les 1ers dont il faut prendre soin : 63% de burnout chez les RH en 2023 !(Baromètre Malakoff Humanis). Ils sont très exposés à l’épuisement. Il est indispensable que l’équipe RH soit aussi formée à l’écologie personnelle, et qu’ils puissent mettre en place des temps de partage sur ces sujets. Je vois trop de DRH/RH en souffrance. Faites attention à vous.
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- Aussi, car se sont eux, qui vont porter et organiser le changement culturel dans l’entreprise. Ils ont besoin d’outils, d’un plan et de soutien.
Dans cet atelier participatif, vous découvrirez toutes les facettes de l’éthique du CARE et ses applications, le rôle crucial des RH pour porter cette nouvelle culture , des conseils pratiques pour prendre soin de vous au quotidien et de pistes d’action pour construire un programme « care » votre organisation.
ORGANISER UN ATELIER POUR MON EQUIPE RH
S’INSPIRER
Article de Benoit Meyronin, sur son blog Management par le Care, de l’Expérience client & de l’Expérience collaborateur
» Il m’est apparu récemment que l’éthique du care pouvait opportunément être rapprochée des publications de Hartmut ROSA (théoricien d’une sociologie de la relation au monde appelée résonance) (…), deux approches de notre relation au monde me semblent avoir en partage les mêmes mots clés : vulnérabilité, prendre soin, interdépendance, réciprocité, écoute (et réponse), pouvoir d’agir (autonomie), relation et reconnaissance. » ETHIQUE DU CARE, RESONANCE & MANAGEMENT » 15 AVRIL 2020.
A VISIONNER
« De plus en plus d’entreprises développent un nouveau modèle qui allie plusieurs intelligences, notamment intuitive et spirituelle. Nous sommes allés à la rencontre de ces pionniers pour comprendre cette nouvelle intelligence et ce qu’elle apporte au monde du travail : discernement, créativité, confiance, cohésion, sens, mais aussi efficience. Ce film donne la parole essentiellement à des dirigeants et managers. » Valerie Seguin
A DEVORER
Des habitant·es du futur nous racontent leur monde advenu et les points de bascule des années 2020-2030. Editions LA MER SALÉE
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Alice